Un Amour impossible

Traîné par une amie (on m’y reprendra !), je suis allé voir Un Amour impossible, l’adaptation cinématographique par Catherine Corsini du bouquin de Christine Angot. Ne l’ayant pas lu, je ne sais pas si c’est le roman qui n’est pas tip-top, mais le flim, en tout cas, lui, laisse à désirer. Il y a plusieurs points qui ne vont pas, à commencer par la réalisation (rien que ça !) et le jeu des acteurs. C’est con, parce que le flim aborde des sujets intéressants : la difficulté – voire l’impossibilité – de se construire en tant qu’individu après le viol d’un père sur sa fille, et comment ce traumatisme peut rejaillir sur les relations entre une mère et sa fille, alors même que les deux personnages sont des victimes.

Premier point noir à mon sens, la réalisation ; parce qu’on tombe, dès les premières secondes du flim, dans l’écueil principal des adaptations de roman : vouloir coller coûte que coûte à l’œuvre originale. Du coup, qui dit adaptation de roman, dit… narration, bien sûr ! On a l’impression de se retrouver devant un flim romantique d’amerloques des années 90 de base lorsqu’une voix off sortie de nul part nous permet à nous, pauvres débiles peuplant les salles sombres, de comprendre les événements super compliqués qui se passent à l’écran. Donc non seulement on nous prend pour des cons, mais surtout, c’est tout pourri comme parti pris. Puis, on arrive à la correspondance, et lorsqu’il y a des lettres plus importantes que d’autres, le personnage la clame face caméra comme s’il s’adressait non pas au personnage qui lit la lettre, mais finalement à nous, spectateurs, pourtant étrangers à l’histoire. Une grosse ficelle pour tenter de nous faire rentrer dans l’histoire (au détriment du rythme de l’ensemble) ?

Le jeu des acteurs ensuite, est… mauvais. Et l’écriture des personnages et des dialogues, tout autant, la faute incombe autant à la réalisation et au scénario qu’à ceux qui campent ces personnages. Entre un Niels Schneider (Philippe) incapable de transmettre la moindre émotion, et une Virginie Efira (Rachel) absente… on se demande comment un tel flim pourrait fonctionner. Il n’y a qu’une seule scène, ou plutôt qu’un seul plan, où ce Philippe est dans son rôle, c’est lorsqu’il ferme la valise de sa (très jeune) fille. Problème, ça dure 15 secondes à tout casser. Virginie Efira commence réellement à jouer à la fin du flim, lorsque l’équipe de maquillage la grime en grand mère, et là, elle est enfin juste et réellement dans son rôle, loin de l’absence inconséquente et incompréhensible puis des pleurs irréalistes joués tour à tour pour son personnage. Ça tombe bien, puisqu’elle se trouve face à la seule actrice qui sait jouer dans ce flim, Camille Berthomier, qui joue sa fille devenue adulte. Pour ne pas être trop sévère, on pourra quand même dire que la fillette et l’adolescente qui jouent sa jeune fille ne sont pas si mauvaises non plus. Mais pour un drame à propos d’une histoire de couple, c’est quand même assez dommage d’avoir les acteurs jouant ledit couple qui passent à côté de leur rôle.

Sont-ce les acteurs qui sont les seuls responsables de cette débandade ? Non, bien entendu, et le fait que Virginie Efira devienne cohérente à la fin du flim tend à prouver qu’au delà de la difficultés de certains à jouer, il y a surtout une mauvaise écriture de leurs personnages qui les dessert. Les dialogues qu’on leur écrit, l’attitude qu’on leur demande de jouer, la direction qu’on est censé leur donner lorsqu’ils jouent… Où est tout ça lorsqu’on voit un Philippe absolument hors de son registre, ne transmettant aucun semblant d’émotion, alors qu’on devrait quand même voir un beau salopard à l’écran. À quel moment peut-on aussi demander à cette Rachel d’être aussi absente ? Que l’histoire montre son aveuglement par rapport aux événements, ça, d’accord, mais doit-on forcément pousser le tableau jusqu’à en faire une simple potiche pour qui la passion amoureuse – ou sexuelle, d’ailleurs – efface toute sorte de questionnements ?

Ce qui est dommage, c’est que ce flim aborde des thèmes pour le moins importants – et d’ailleurs pas si faciles que ça à traiter – la passion, l’amour, l’enfance, la construction d’une personne, et même le viol (dont on ne parlera finalement que très peu, alors qu’il est pourtant d’une importance capitale dans les événements du flim). Mais cette réalisation qui passe totalement à côté de son sujet (peut-être par excès de pudeur ? – j’ose espérer que ce n’est pas par manque de talent) et ce jeu tellement faux empêche quiconque de rentrer dans une pareille histoire. On se retrouve finalement devant un genre de Fifty Shades of Grey à la française, avec une touche de drame en plus, mais où la superficialité du propos y afférent efface toute tentative de creuser le fond du sujet. D’ailleurs, au final, quel est le véritable propos de ce flim ? Il semblerait qu’on puisse le trouver dans cette scène finale d’une conversation entre la mère et la fille devenue adulte où, avec encore une fois un sens aigu de la réalisation et une grande finesse (je plaisante), celle-ci dit à sa mère que tout ça est arrivé à cause du « rejet social » d’un Philippe riche, cultivé et parisien envers sa mère, petite fonctionnaire de province un peu teubée, mais que, quand même, elle doit être heureuse parce qu’elle est belle. « T’es belle » qu’elle lui dit. La vache, c’est profond.

En résumé…

Un Amour impossible

Un Amour impossible

Réalisation : Catherine Corsini

Photographie : Jeanne Lapoirie

Scénario : Catherine Corsini, Laurette Polmanss

Pays : France

Année : 2018

Ne l'ayant pas lu, je ne sais pas si c'est le roman qui n'est pas tip-top, mais le flim, en tout cas, lui, laisse à désirer. Il y a plusieurs points qui ne vont pas, à commencer par la réalisation et le jeu des acteurs. C'est con, parce que le flim aborde des sujets intéressants.

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