Un berger et deux perchés à l’Elysée ?

Il faut sûrement être un peu perché pour aller voir ce flim diffusé dans quelques rares salles parisiennes (et ça doit être encore plus chaud en province) ! Et c’est mon cas. On était 4 dans la salle, dont un qui n’a pas résisté et qui a fini par partir pendant la projection. C’est dire.

J’y suis allé, il faut bien le dire, dans le but de me bidonner bien comme il faut en écoutant et en regardant Jean Lassalle, qui a théorisé malgré lui la posture de candidat à la présidentielle – humoriste. Et pour cela, je n’ai pas été déçu, le parti-pris des réalisateurs de suivre le candidat pendant la campagne des présidentielles et de le filmer constamment permet de profiter de quelques pépites, des moments où le type se lâche, d’autres où il dit n’importe quoi, ou encore d’autres où ce sont ces proches qui partent dans un délire incompréhensible (comme « les 3 P » d’un de ses conseillers).

Au delà du fait que tu ne peux que te marrer devant ce flim, surtout si tu n’es pas familier du personnage (t’as déjà vu un candidat à la présidentielle en short avec un vieux torchon noué sur le haut du crâne ?), que dire de ce flim ? Réalisé par Lespinasse et Carles (que je ne connaissais pas), ce petit documentaire sans grande prétention et qui joue à fond la carte de la dérision (à la manière d’un Merci patron en plus déjanté) s’avère être plutôt pas mal, surtout via le ton qu’il adopte. Les deux réalisateurs ne semblent d’ailleurs pas en être à leur coup d’essai, puisqu’ils ont déjà collaboré sur un flim lié à la critique des médias. Et Carles, toujours via le prisme de la critique du traitement médiatique de l’actualité, s’est penché sur le cas de Rafael Correa. Correa, pour les ignares qui liraient ce torchon qu’est Sheraff, c’est l’ancien président de l’Équateur, et sa politique économique et sociale était à mille lieues du tout austéritaire occidental : non-paiement de la dette, investissement public massif et nationalisation ; autant dire du socialisme. En voilà des sujets intéressants.

Mais alors, pourquoi des réalisateurs et journalistes objectivement de gauche feraient un documentaire sur un personnage quand même sacrément ancré à droite ? La réponse est donnée au début du flim : la rencontre est fortuite puisque c’est Lassalle qui contacte Carles à propos de son flim sur Correa. Ils se rencontrent alors, et par un truchement idéologique qui ne convainc aucun des amis et collègues des réalisateurs (« puisque c’est quelqu’un de droite qui sera élu, autant élire le moins pire »), ceux-ci se retrouvent à participer à sa campagne, avec un peu d’humour et de jolis dessins. Forcément, c’est drôle, puisque le personnage est haut en couleurs, mais le ton adopté n’est pas moqueur ; on est là, on observe, rien de plus. Les réalisateurs donnent aussi la parole à André Chassaigne, député du PCF et ami de Lassalle, qui arrive à bien mettre les mots sur ce qu’il représente : un député du monde rural, opposé au monde de la finance, issu des petites gens, et qui au fur et à mesure de sa vie fini par se découvrir des sympathies avec le progressisme social, bien en dehors de son camp politique de départ.

Le flim s’arrête brusquement lorsque les réalisateurs apprennent que Lassalle est allé rendre visite Bachar el-Assad en Syrie, accompagné de parlementaires de droite. S’ensuit alors une discussion entre eux et le député qui se solde par une incompréhension mutuelle, ce dernier remettant en cause la violence d’Assad contre son peuple et son utilisation d’armes chimiques. Finalement, cette scène montre bien qui est vraiment le personnage Lassalle : un type issu du fin-fond de la cambrousse, qui parle vrai sans gueule de bois, mais surtout qui n’a aucune culture politique et devrait s’abstenir de causer de ce qui le dépasse.

La bienveillance face à ce personnage insaisissable et le rythme du flim en font un bon petit documentaire, marrant qui plus est. Question photo, c’est clairement moche et fait à la va-vite, mais bon. À voir parce que c’est drôle et que ça aborde néanmoins des sujets importants, comme par exemple l’accusation d’harcèlement sexuel dont il a été la cible.

En résumé…

Un berger et deux perchés à l'Elysée ?

Un berger et deux perchés à l'Elysée ?

Réalisation : Philippe Lespinasse, Pierre Carles

Pays : France

Année : 2019

La bienveillance face à ce personnage insaisissable et le rythme du flim en font un bon petit documentaire, marrant qui plus est.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *